La puissance de l'acceptation et du lâcher-prise


Par: Marie Portelance

 

Accepter et lâcher prise? Face à la mort d’un proche, la maladie, le fait de vieillir, une perte d’emploi, une séparation, un accident, une injustice, un désaccord important avec quelqu’un de significatif et toutes les pertes, les limites et les renoncements que cela nous impose? Impossible! Résister et contrôler! Voilà les réflexes premiers de la plupart d’entre nous. Pourtant, devant les épreuves pénibles de la vie, le chemin de l’acceptation et du lâcher-prise est celui qui mène à la paix, alors que celui de la résistance et du contrôle mène à la guerre.

Quand lutter contre la Vie nous fait perdre l’épreuve
Comme tout le monde, j’ai vécu des épreuves difficiles à accepter. La plus éprouvante fut sans doute celle où, à peine sortie de l’inquiétude et de l’épuisement vécus pendant un an et demi à cause de la maladie de notre 3e enfant, mon conjoint, dont la grave maladie cardiaque avait progressé, devenait invalide, en attente d’une greffe cardiaque, son seul espoir de survie. Je me retrouvais seule face aux défis du quotidien avec 4 jeunes enfants. 
Comme face à tous les autres défis de ma vie, j’ai retroussé mes manches pour affronter cette bataille quotidienne munie de mes armes habituelles, le courage, la discipline, l’efficacité, la force, le sens de l’organisation et la volonté de passer à travers. J’ai résisté de toutes mes forces à l’effondrement qui me guettait, je me suis acharnée pour que nos enfants ne manquent de rien et que mon travail n’en souffre pas. J’ai lutté comme si j’étais sur un ring. Après plus d’un an de combat, sur le bord du K.O., épuisée physiquement et émotionnellement, je me souviens avoir défié la Vie, avec des rages de larmes sur les joues: «Tu veux que je tombe, hein? Tu veux ma peau? Mais tu ne m’auras pas! Je vais rester debout, je ne flancherai pas!»
Accepter la situation et mes limites était la dernière chose à laquelle je songeais. Je croyais sincèrement que la Vie me testait, qu’elle était devenue mon -ennemie et -qu’elle agissait contre moi. À ce -moment, je ne comprenais pas que c’est moi qui agissais contre elle. Je me sentais de plus en plus impuissante et sur le point de perdre ma guerre contre mon -adversaire imaginaire. J’étais loin de me douter de ce que j’allais gagner en jetant les armes.

 

Nager à contre-courant pour éviter la souffrance et se noyer
L’idée d’accepter signifiait dans mon esprit, me soumettre et me résigner. Deux attitudes que j’ai en horreur. Je préférais résister pour me donner l’impression d’avoir du contrôle sur ma vie. 
Colette Portelance, dans son livre La guérison intérieure par l’acceptation et le lâcher-prise, distingue bien la résistance, de la résignation, de l’acceptation.
«Résister signifie se débattre, se battre contre ce qui est, s’y opposer (…), c’est vouloir contrôler autant la réalité extérieure que notre souffrance.»
«Se résigner, c’est abdiquer, démissionner (…), adopter une attitude de vaincu devant l’épreuve (…). C’est endurer une situation difficile ou une personne en entretenant de la rancœur.»
«Accepter, c’est accueillir ce qui est (…), c’est cesser de se battre contre soi-même, arrêter la guerre en soi et autour de soi. C’est choisir la paix, c’est transformer l’énergie contenue dans la souffrance en une force intérieure qui nourrit la confiance en soi et en la vie.»
Lorsque nous faisons face à une épreuve, que ce soit un échec professionnel, un défi éducationnel avec un de nos enfants, un handicap ou quoi que ce soit d’autre qui soit vécu comme un malheur, nous faisons habituellement face à des pertes (perte d’un être cher, perte de liberté, de sécurité, de confort, d’autonomie, de contrôle, de tranquillité, de soutien, d’amour, d’estime de soi, de repères…). C’est la souffrance de la perte ou de la peur de perdre qui nous pousse à nous démener pour retrouver au plus tôt l’équilibre d’antan et notre vie d’avant l’événement perturbateur. Nous nous accrochons désespérément au connu qu’on ne veut pas quitter ni perdre. Nous tentons donc de nager à contre-courant de la vie, cherchant à la changer ou à la défier pensant diminuer ainsi la souffrance que nous ressentons. Le résultat est que nous vivons un sentiment d’impuissance de plus en plus grand, ne sachant plus quoi faire pour se faire du bien ni quelle direction nouvelle donner à notre vie. Ayant du mal à garder la tête hors de l’eau, épuisés et sans réponses, nous nous sentons comme sur le point de nous noyer.

Accepter notre impuissance pour accéder à notre puissance
«En combattant la réalité, nous bloquons l’énergie vitale et, par conséquent, nous sommes privés de nos ressources profondes. Ainsi affaiblis, nous sommes amoindris par la lutte contre ce qui est, contre ce qu’on est ou contre les autres. (…) ce qui fait naître en nous un profond sentiment d’impuissance», écrit Colette Portelance.
Il est vrai que, devant l’impuissance, nous travaillons en résistance contre ce qui est. Dépourvus et apeurés, nous tentons de retrouver le pouvoir sur notre vie qui s’écroule en cherchant à prendre du contrôle sur les éléments extérieurs. Notre enfant vit une injustice à l’école? Vite, nous entamons un combat contre quelqu’un. Nous vivons un deuil ou un divorce? Nous cherchons des conseils pour passer à travers au plus vite. Bien que nos qualités relatives à l’action soient essentielles pour surmonter les défis de nos vies, il vient un moment où ces qualités deviennent inefficaces et nous enfoncent davantage dans l’impuissance si l’activisme nous éloigne de l’acceptation de la réalité, de l’écoute de soi, de la partie en nous qui sait intuitivement.
Aussi incohérent que cela puisse sembler, la véritable solution dans les moments où nous croyons nous noyer n’est-elle pas d’accepter vraiment de traverser cette étape en faisant l’étoile sur le dos plutôt qu’en se débattant dans l’eau sans connaître la direction à prendre? Dans les -moments de tempête de notre vie, nous ne devons pas oublier que les réponses viennent de l’intérieur et que, pour les percevoir, nous devons demeurer dans un état de calme et de disponibilité. Une écoute fine et sensible de ce qui se passe en nous sera essentielle pour que nous sentions de l’intérieur la direction à suivre.
Accueillir l’impuissance vécue devant une situation ne signifie pas que nous cesserons d’agir, mais que nous nous engageons à cesser de lutter contre, pour trouver ce que nous ferons avec.

Lâcher prise et danser avec la Vie
«Lâcher prise, c’est accepter nos limites physiques, psychiques et mentales pour nous abandonner à nos forces intérieures; c’est savoir déléguer à nos ressources spirituelles ce qui dépasse nos capacités rationnelles. C’est rendre possible l’impossible, mais par d’autres moyens que nos moyens habituels.» Colette Portelance
Lâcher prise nous demande de renoncer au contrôle habituel que nous avons sur notre vie. Cela requiert de nous, paradoxalement, une grande dose d’humilité et une profonde confiance en soi et en la Vie. Quand on y arrive, se précise en nous une direction à suivre, une action juste à poser parce qu’elle vient du fond de notre sagesse intérieure. Une fois en accord avec la Vie, il est fascinant d’observer comment cette dernière nous supporte: en plaçant sur notre route la personne, le livre, la conférence qu’il nous fallait; l’argent nécessaire, l’occasion en or. C’est ce qu’on appelle la synchronicité. Celle-ci ne s’obtient ni par la volonté, ni par la discipline ou le contrôle sur les autres. Elle nait de notre danse avec la Vie.
Pendant les mois d’attente de la greffe de mon conjoint, je me répétais chaque jour pour m’armer de courage: «Quand il sera greffé, je me reposerai.» Puis, acculée au pied du mur par mes limites, entre mes visites quotidiennes à l’hôpital, mon travail et mon rôle de maman, j’ai fait l’étoile sur le dos. J’ai jardiné chaque jour, les mains dans la Terre Mère. Sans penser, en silence et reliée à la Vie, j’ai accepté de ressentir ce qui était au cœur de moi, j’ai pleuré sans rage et j’ai écouté sans combattre. Puis j’ai compris. La Vie m’avait poussée jusque dans mes plus grands retranchements pour que je comprenne enfin ceci: «N’attends pas que les autres n’aient plus besoin de toi pour prendre soin de toi et pour écouter tes limites. Fais-le maintenant.»
J’ai su que, malgré ma peur de manquer d’argent, je devais travailler moins et renoncer au contrôle de la femme forte et responsable que je suis. J’ai accepté de faire confiance à ce message qui venait de ma sagesse intérieure et j’ai tout mis en place. Malgré les obstacles apparents du départ, tout s’est harmonisé avec mon employeur, ma famille, etc. En plus, j’ai pris de longues vacances. Ce que je fais maintenant chaque année.

Le cadeau du lâcher-prise
C’est en plein milieu de ces vacances que la Vie m’a offert mon cadeau ultime: après presque un an d’attente, un cœur pour mon mari. Un cœur qui bat toujours et qui me rappelle tous les jours l’importance d’arriver à faire l’étoile sur le dos surtout quand la tempête gronde si fort. 
Peu importe l’issue de nos épreuves, le lâcher-prise, cet acte de foi en soi et en la Vie, nous fait toujours un des plus grands cadeaux qui soit, le cadeau de la paix du cœur et de l’harmonie en soi.