Y a-t-il autre chose que les médicaments pour traiter la dépression et le stress?


Dr Martin Moisan | Paru dans Mieux-Être Édition 78

En 2010, les Québécois consommaient 36 % des antidépresseurs au pays, alors qu’ils représentaient 23 % de la population. Également, en 2013, pour les gens qui avaient une assurance médicament auprès de la RAMQ (ce qui représente à peu près la moitié de la population), le pourcentage de personnes qui prenait un antidépresseur était de 13,7 %, soit presque une personne sur 7.

Un nombre croissant de gens prennent donc ces médicaments. Mais de quoi cela est-il le reflet ? Au niveau individuel et collectif, peut-on faire quelque chose pour renverser ce phénomène ? Ces questions ne sont pas simples à répondre, mais il est à tout le moins souhaitable de mieux cerner les indications des antidépresseurs et de mieux percevoir l'éventail d'options thérapeutiques disponibles pour le traitement des symptômes dépressifs et d'anxiété.

Des études indiquent que les antidépresseurs ont une certaine efficacité lors de symptômes dépressifs avec des idées suicidaires. Mais lorsque ces dernières ne sont pas présentes, d'autres études démontrent que les antidépresseurs ne sont pas plus efficaces que le placebo ou sont à peine supérieurs. Pourrait-on alors choisir une autre approche thérapeutique que les médicaments pour traiter la tristesse, le désespoir, le manque de motivation, la perte de plaisir, la difficulté à se concentrer et l'irritabilité ?

La réponse est oui, car des études scientifiques mentionnent que la psychologie est généralement plus efficace que les antidépresseurs dans le traitement de la dépression et de l'anxiété. Également, il a été démontré que l'acupuncture peut aider à diminuer le stress et les symptômes dépressifs. Ces deux approches thérapeutiques (psychologie et acupuncture) sont donc des alternatives à considérer si l'on veut éviter l'approche médicamenteuse.

De plus, aux États-Unis, des études démontrent que le yoga peut aussi apporter une diminution des symptômes dépressifs et de l'anxiété. Cela signifie que des exercices réguliers de respiration et de méditation sont susceptibles d'apporter un mieux-être sur le plan psychologique.

Mais pourquoi peut-il être plus facile de s'en remettre aux antidépresseurs plutôt que d'aller vers d'autres approches thérapeutiques?  N'y aurait-il pas là un oubli de taille, autant du côté médical que du côté de la population ?

L'oubli dont il est question ici, c'est celui de la composante émotive de l'être humain. Cela signifie que derrière les symptômes psychologiques, il peut y avoir des émotions (tristesse, colère, sentiments d'abandon, honte, culpabilité...) et des peurs que l'on aurait avantage à considérer pour aller vers un plus grand soulagement de ses ma-laises. De là, l'importance d'encourager une ouverture aux approches complémentaires, telles la psychologie et l'acupuncture, qui ont le potentiel d'amener la personne vers la cause émotive de ses symptômes.

Par conséquent, le fait de considérer davantage les émotions pourrait favoriser la diminution de la surconsommation d'antidépresseurs et d'anxiolytiques. Cela demande cependant de se responsabiliser davantage et de compter d'abord sur soi-même, au lieu de seulement s'appuyer sur un apport extérieur (médicament). Ne serait-on pas plus gagnant d'agir ainsi, autant sur le plan individuel que collectif ? 

Dr Martin Moisan
Médecin généraliste et conférencier
Auteur de «Réunir, pour mieux soinger!... et pour mieux se soigner!»
www.martinmoisan.com