Cosmétique naturelle, distinguons le vrai du faux


Alain Renaud | En collaboration spéciale avec l'Expo Manger Santé et Vivre Vert

Embellir, soigner la peau, c’est embellir la personne tout entière. Évitez de faire des erreurs en vous laissant séduire par une industrie habile à vous faire dévier.

J’aimerais vous expliquer comment on peut facilement éviter de mauvaises surprises. Même disponible en boutique spécialisée, le produit de soin corporel n’est pas forcément fiable et conforme à vos attentes normales. Les produits et emballages peuvent comme ailleurs être créés pour attirer un achat sans véritable considération pour la santé dans la mesure où ils ne sont pas clairement certifiés biologiques. 

Il faudrait vous soigner et nourrir votre peau avec la même sécurité que vous choisissez vos aliments biologiques. 

S’y retrouver, c’est un jeu qui en décourage plusieurs… l’internet donne l’explication des noms techniques du lexique international officiel (INCI). Attention, c’est facile d’être induit en erreur. 

Imprécision : nom des ingrédients 

Tocophérol signifie vitamine E. Glycérine est l’extrait d’un corps gras, considéré comme inoffensif. Extrait de plante, c’est une tisane faite à partir de feuilles, racines ou fleurs. Tout cela paraît parfaitement naturel. D’accord, mais quand on nomme un ingrédient, on nomme en fait une catégorie chimique sans en identifier l’origine exacte. 

Ici, les chemins se séparent en deux directions opposées : certifié (avec le logo) ou non certifié. 

Si les vitamines E, extraits de plante et glycérine font partie d’une liste qui est approuvée par un certificateur biologique reconnu internationalement comme Ecocert (incluant obligatoirement le logo), vous êtes sur la bonne voie, car une équipe dédiée a tout inspecté pour vous, c’est pur, végétal et bon pour vous.

Si au contraire, l’emballage vous attire et vous rassure parce que vendu en boutique de produits naturels, mais sans logo. Attention, attention. Notre exemple des trois ingrédients pourraient provenir du pétrole sans qu‘il en soit fait mention. 

Si non certifié 

Si la liste n’est pas appuyée par le logo officiel enregistré d’un certificateur biologique et clairement identifié comme « certifié biologique par… », attention ! Par exemple, la vitamine E pourrait provenir de fèves soya modifiées génétiquement ou bien issue du pétrole. La glycérine est potentiellement extraite de gras animal ou de pétrole directement. L’extrait de plante pourrait être une solution reconstituée à partir de substances synthétiques tout simplement.


Préoccupation
Qui vérifie tout cela ? Le magasin, le distributeur, le fabricant, les gouvernements ? Ce n’est surtout pas leur responsabilité. Écrivez-leur, ils le confirmeront. Vous comprenez pourquoi il faut des entités qui vérifient tout et remontent la filière complète. Les certificateurs sont même chapeautés par des organismes internationaux leur donnant le droit d’apposer une certification biologique officielle, elle-même agréée par les gouvernements. 

Le certificateur contrôle la source des ingrédients, incluant chaque étape de transformation, la sécurité des matériaux d’emballages et la véracité de tous textes qui concernent le produit certifié. Vous ne pourrez pas de façon isolée distinguer le vrai naturel du faux.

L’origine de la cosmétique de synthèse
Dès les années 1920, la création des cosmétiques synthétiques faits à partir de la fragmentation du pétrole a révolutionné les pratiques de l’hygiène corporelle. Finis les savons de pays, grisâtres et déformés, maintenant les passions de toutes et chacun se délectèrent des nouveaux coloris, des parfums inconnus, des hydratants « miraculeux» à base d’huile minérale… merci les bulles infinies
et onctueuses. Le monde est séduit. Les découvertes de la « nouvelle cosmétique basée sur le pétrole » créèrent des industries colossales qui basaient leurs succès sur le rêve et le plaisir, sans considérer alors les méfaits sur la peau et le déséquilibre environnemental qui s’en est suivi. La publicité vante toujours les mérites de ces dérivés de pétrole si bien séduisants. On classe les flacons multicolores dans les tablettes « beauté-santé ». Les déguisements du pétrole réussissent merveilleusement. 

La chimie sur la peau : euphorie risquée 

Dans les années 60, les études et les statistiques mettent en lumière les risques dermatologiques encourus par l’usage de la synthèse dans les produits de soin corporels. Plusieurs années de recherches ont établi les risques réels des ingrédients de synthèse : parabens, silicones, Sodium Laureth Sulfate, PEG et glycérine (d’origine pétrolière ou animale), etc.. 

Remarquez, la liste est interminable. Elle est impossible à détailler pour une personne tant ces poisons demandent une somme d’expertises difficile à compiler. Seule une équipe multidisciplinaire chevronnée peut discerner ce qui est bon pour l’humain, et sans risque non plus pour
la planète !

Remarquez que les progrès de la science permettent d’isoler depuis peu des réactions de la peau. Certains éléments forment un cocktail plus dangereux que chacun séparément. On sait maintenant que certains mélanges forment des réactions mutagènes (cancer). Seule la certification peut établir que des ingrédients ne sont pas dangereux parce que c’est leur engagement formel.


Ce qu’on craint
Un exemple pour illustrer comment la certification est une étape majeure pour confirmer qu’un produit nature l’est véritablement. Si un extrait de plante n’est pas certifié biologique par un organisme reconnu, alors un transformateur peut utiliser des cuves qui ont servi à l’extraction de matières dangereuses pour transformer son extrait, tout en prétendant qu’il est naturel à 100 %. Dans le cas
d’un extrait biologique, le rôle du certificateur est d’aller à la source sur le terrain pour vérifier toutes les étapes de transformation et inspecter les documentations sur place. 

Sans contrôle indépendant externe, le transformateur ou le distributeur pourrait diluer son extrait végétal à d’autres matières moins chères et nocives, impliquant des allergies possibles. C’est pourquoi chaque étape est vérifiée par les inspecteurs dans le cas de cosmétiques biologiques.

Le pire est que des fabricants de bonne foi ne saisissent pas la gravité de certaines étapes contrôlées par des gens qui n’ont pas la compétence.


Pour votre santé, une vraie certification indépendante et non reliée à un seul pays vous assure :

  1.  Aucun agent synthétique inapproprié.
  2. Les matériaux des emballages respectent les normes les plus sévères pour le recyclage.
  3. Aucun animal n’a été sacrifié (ni ingrédient ni tests cliniques).
  4. Aucune collecte de matière n’a engendré de déforestation (palme).
  5. Toutes les étapes de fabrication sont documentées et authentifiées.
  6. Les formulations respectent les plus hautes exigences pour un pourcentage à haut niveau de matières végétales biologiques certifiées.
  7. Le certificateur a vérifié physiquement les déclarations du formulateur des ingrédients de base, et celles du fabricant, y compris les informations qui entourent le produit (étiquettes, dépliants, sites web). Pas de place pour induire les gens en erreur.
  8. Interdiction de tout ingrédient ou processus qui comporterait des risques raisonnables pour la santé humaine selon les connaissances scientifiques les plus à jour.

En guise de conclusion, il faut questionner les autorités, leur demander pourquoi la certification des cosmétiques n’est pas réglementée comme c’est le cas pour les aliments, alors qu’on nourrit notre peau au quotidien. Sachez-le, on trouve encore des produits cosmétiques avec l’appellation « biologique » qui n’ont aucun logo. Le goût du risque !

Alain Renaud
Recherche et Développement, chez DRUIDE (Druide.ca)