Réalités sexuelles à la cinquantaine - Oser passer à l'action


Par Réjean Savoie et Gemma Aucoin-Gallant | Paru dans Mieux-Être Édition Décembre 2017

Durant la cinquantaine, les femmes se retrouvent en ménopause. La plupart d’entre elles (80%) présentent des symptômes. Au Canada, il est estimé que 4,5 millions de femmes ménopausées souffrent d’atrophie vaginale occasionnant de la sécheresse vaginale et des relations sexuelles douloureuses.

Au Québec, 500000 femmes sont confrontées à l’atrophie vaginale, mais seulement 25% de celles-ci discutent de la sécheresse vaginale avec leur médecin. Devant ce constat, il est permis de dire que les réalités sexuelles des femmes sont un sujet non dit et que trop de femmes souffrent en silence. Pas étonnant que nous ayons décidé de nous pencher sur la question afin d’expliquer les réalités sexuelles aux femmes de la cinquantaine, proposer des moyens et conseils pour les encourager à passer à l’action. Voyons donc ce qu’il en est.

Changements physiologiques sexuels
À la ménopause, le corps des femmes subit des changements physiologiques sexuels découlant principalement d’une diminution importante de la production des œstrogènes. La plupart des auteurs s’accordent pour dire que la lubrification vaginale se fait plus lentement et est moins abondante. Les femmes de la cinquantaine ont besoin de plusieurs minutes pour que s’amorce la lubrification. Comme la sécrétion des œstrogènes est presque nulle à la ménopause, la vulve perd son collagène et ses tissus adipeux, le vagin devient moins élastique et s’amincit et l’ouverture vaginale devient plus fermée. Avec le temps, le vagin raccourcit et les lèvres deviennent moins fermes tout en conservant leur sensibilité.

Définition et déclencheurs de la sécheresse vaginale
La sécheresse vaginale survient dans 50% des cas dans les trois ans suivant le déclenchement de la ménopause. Elle se définit par une insuffisance ou une absence d’humidification naturelle du vagin parce que les parois vaginales produisent peu ou pas de sécrétions. Certaines femmes peuvent avoir de la douleur à la pénétration ou éprouver des démangeaisons, des irritations voire une sensation de brûlure vaginale. Outre la carence d’œstrogène à la ménopause, d’autres facteurs peuvent déclencher de la sécheresse vaginale. La prise de certains médicaments, par exemple les antihistaminiques, peut assécher davantage les parois du vagin. De même, la consommation régulière d’alcool diminue l’humidification naturelle du vagin et la nicotine aggrave la sécheresse vaginale par son effet vasoconstricteur. La sécheresse vaginale peut être amplifiée aussi par le port des pantalons serrés, l’utilisation de produits parfumés, l’usage de douches vaginales, le port des vêtements synthétiques ou de protège-slips sans présence de fuite urinaire et la rareté des relations sexuelles.

Prévenir et traiter la sécheresse vaginale
Les femmes qui présentent de la sécheresse vaginale peuvent mettre en application des moyens naturels pour y remédier.
- Communiquer ouvertement avec son ou sa partenaire. Lui faire part de ses préoccupations, de ses appréhensions et de ses désirs. Retrouver une envie sexuelle grâce à l’expression de la tendresse, de l’amour, de l’affection par des mots et par des gestes, par exemple en prenant un bain ou une douche ensemble. Attribuer de l’importance aux collés-collés. Apprendre à se détendre avant d’avoir des relations sexuelles.
- Prolonger les caresses et les jeux amoureux de manière à faire durer les préliminaires.
- Avoir recours aux hydratants et aux lubrifiants à base d’eau reconnus pour leur efficacité. Utiliser un gel polycarbophile (par exemple, le Replens®) pour augmenter l’humidification du vagin en l’appliquant aux deux ou trois jours. Pour favoriser une relation sexuelle agréable, il y a lieu d’ajouter aux préliminaires l’application d’un lubrifiant sexuel à base d’eau (par exemple, le KY®) à l’entrée, à l’intérieur du vagin et sur le pénis.
- Avoir des relations sexuelles régulièrement, soit deux fois par semaine ou plus, afin de conserver une meilleure hydratation de la muqueuse vaginale. L’activité sexuelle améliore le flux sanguin. Le sperme nourrit et aide à l’épaississement de la muqueuse vaginale.
- Mettre en application les mesures d’hygiène: limiter le lavage des organes génitaux à une ou tout au plus deux fois par jour, utiliser seulement les protège-slips en cas de fuites urinaires, éviter l’usage des douches vaginales, préférer les sous-vêtements en tissu naturel (coton), éviter de porter des pantalons trop serrés et éviter l’usage de produits parfumés.
- Pratiquer régulièrement les exercices de Kegel pour renforcer le plancher pelvien.

Mais surtout, il est conseillé de discuter de la sécheresse vaginale avec son médecin. Il peut arriver que la sécheresse vaginale persiste même si la femme a mis en application tous les moyens naturels proposés, le médecin peut alors prescrire une préparation d’œstrogène vaginale. Elle est disponible sous forme de comprimés intravaginaux, de crème ou d’un anneau à libération prolongée. Ce type de médicament à un effet local et l’absorption se fait par les muqueuses. Le recours à l’application d’œstrogène dans le vagin est sécuritaire et a peu d’effets secondaires. Il est très peu absorbé dans l’organisme et il existe très peu de contre-indications.

Douleur lors des relations sexuelles
Un exemple! Sophie et Éric vivent ensemble depuis 25 ans. Elle est âgée de 53 ans, est ménopausée et a une très bonne relation avec Éric. Même si Sophie désire toujours Éric, il lui arrive parfois d’éprouver de la douleur vaginale lors des relations sexuelles. Sophie décide de consulter son médecin dans le but de déterminer la cause de la douleur. Le médecin la félicite d’avoir eu le bon réflexe de consulter. Il lui explique que la douleur à la pénétration peut être superficielle si elle survient au début de la pénétration ou profonde si le pénis touche le fond du vagin. Après avoir effectué un examen gynécologique, le médecin conclut que la cause de la douleur à la pénétration est la sécheresse vaginale. Il lui enseigne de mettre en action toutes les solutions décrites précédemment pour atténuer la sécheresse vaginale. Le médecin conseille à Sophie d’expliquer à Éric quelle position sexuelle déclenche une douleur profonde à cause de la pénétration plus profonde du pénis. Il lui suggère de privilégier une position sexuelle où la pénétration est moins profonde. Par exemple, la position où l’homme est sur le dos et la femme est sur lui, qui permet de contrôler la vitesse et la profondeur de la pénétration. Sophie est très satisfaite des informations données par son médecin et a pris des notes.

Une autre cause de la douleur à la pénétration est l’atrophie vulvo-vaginale, c’est-à-dire que les parois du vagin sont minces, fragiles et enflammées. Si l’atrophie vulvo-vaginale ne répond pas aux lubrifiants et hydratants topiques, le médecin peut prescrire des préparations locales d’œstrogène qui peuvent renverser les modifications atrophiques du vagin et soulager la sécheresse en quelques mois. Le médecin peut proposer aussi le recours aux dilatateurs vaginaux si les femmes présentent une atrophie vaginale accompagnée d’une sténose, c’est-à-dire un rétrécissement au niveau du vagin.

Contrairement aux bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale et la douleur à la pénétration ne disparaissent pas avec le temps. En connaissant mieux les réalités sexuelles des femmes de la cinquantaine et les actions à poser, les femmes peuvent prendre en charge leurs symptômes et améliorer leur santé sexuelle et leur qualité de vie.


Dr Réjean Savoie, F.R.C.S.C et Gemma Aucoin-Gallant, Ph.D.

Références
-Savoie, R. & Gallant, G.A. (2014). La ménopause au jour le jour: découvrez comment alléger vos symptômes. Éditions Berger, Austin.
- Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (2014). «La santé urogénitale», Journal des obstétriciens et gynécologues du Canada, vol. 36, n°9, p. 43-51.
- Norvo Nordick (2017). Atrophie vaginale. En ligne: http://caf.novonordisk.ca/patients/sante-des-femmes/atrophie-vaginale.html
- Parlez-en (2014). Qu’est-ce que l’atrophie vaginale. En ligne: http://www.parlezatrophievaginale.ca/whatisva.html