Ralentir et ressentir avant d'agir


Par Imane Lahlou | Paru dans Mieux-Être, édition Février 2018

Nous souhaitons tous vivre dans l’harmonie, la paix et la sérénité. Ce désir profond émerge du plus profond de notre être. Il enveloppe nos rêves de douceur et de tendresse. Il est sans aucun doute au centre de notre quête de sens. Combien de temps consacrons-nous à le nourrir pour lui donner vie dans notre quotidien? Nos actions sont-elles réellement en cohérence avec nos intentions?

Prenez le temps, l’espace d’un instant, de vous transformer en oiseau et observez votre quotidien, votre vie personnelle, familiale et professionnelle, votre entourage, votre langage, votre horaire, etc. Le stress détient le trophée — qu’il partage sans aucune confrontation avec sa jumelle, la fatigue — du terme le plus souvent employé quotidiennement par la plupart d’entre nous. Qui est donc ce personnage qui semble envahir la scène, au grand désespoir des petits et des ainés, des écoliers et des enseignants, des employés et des employeurs, des artistes et des ingénieurs, des salariés et des millionnaires, des malades et des professionnels de la santé, etc.? Comment est-il possible qu’il s’octroie le droit de changer le scénario de notre vie? Comment peut-il tant nous épuiser et réduire nos plus grands rêves en films parfois insipides et insignifiants, voire même tragiques et dramatiques?

Je me suis souvent questionnée à propos de ce personnage invisible et pourtant si tangible. D’un point de vue physiologique le stress est une réaction d’adaptation du corps face au danger. Il déclenche une succession de réactions physiologiques nécessaires à notre survie. Nous sommes tous conscients que ce n’est certainement pas ce stress ponctuel, tellement précieux pour la protection de l’humain, qui perturbe tant notre équilibre au quotidien. Nous parlons de ce stress chronique qui s’immisce parfois même à notre insu dans nos pensées, nos émotions, nos intentions et nos actions. Qui est-il? Comment se déploie-t-il dans notre quotidien? Quel est son rôle dans le scénario de notre vie?

Mon parcours personnel et la richesse des rencontres cliniques m’ont amenée à définir le stress comme le fossé qui sépare ce que nous souhaitons être au plus profond de notre cœur et notre perception de nous dans notre quotidien. L’être humain développe au fil de son vécu un automatisme d’auto-évaluation quasi permanent. Nous cherchons, à travers le regard des autres, le succès et les mille et un projets, une réponse positive nous assurant que nous sommes aimés et reconnus. Mais est-ce réellement cohérent de s’ajuster de mille et une façons pour plaire aux parents, enseignants, enfants, amis, amoureux, collègues, clients, voisins... tout en souhaitant être aimé pour ce que nous sommes réellement? Plus nous nous éloignons de ce qui nous anime profondément, plus le gouffre devient grand, plus nous devenons des humains fonctionnels et performants et nous oublions que nous sommes des êtres aimants et bienveillants. On peut comparer le stress au fossé qui nous sépare de l’amour de soi et donc de l’amour des autres.

Le stress, un personnage aux multiples visages
Le stress porte des masques teintés de notre histoire, de nos blessures et de notre perception de la vie. Par exemple, si je doute de ma valeur, je perçois chacune de mes réalisations comme une occasion d’être appréciée et reconnue. C’est aussi une occasion pour vivre de grandes déceptions et frustrations. Le doute est de plus en plus grand et je m’impose plus de pression et d’obligations pour briller davantage, performer, me démarquer que ce soit aux niveaux professionnel, familial ou personnel. Le stress porte parfois des vêtements ternes en accompagnant une souffrance, un deuil, une séparation, une dépression, un mal-être, un épuisement professionnel, etc. Il peut également se vêtir de costumes dorés de culpabilités et d’illusions qui obscurcissent la vérité. Il est alors masqué par la réussite, la performance et le succès. Il peut être aussi latent, inhibé par la nourriture, l’alcool, la surconsommation, la cigarette, les drogues, la télévision, les réseaux sociaux, la pornographie ou toute autre forme de dépendance qui calme momentanément la tempête tout en nourrissant le mal-être. Quel que soit son visage, voilé ou démasqué, ce personnage fait des ravages dans notre corps et dans notre vie. Le stress est le fossé qui nous sépare de l’amour de soi et donc de l’amour des autres.

Les horaires surchargés et la fatigue mentale épuisent les réserves physiologiques. La digestion s’en trouve naturellement affectée d’autant plus que notre alimentation est intimement reliée aux émotions, aux peurs et aux insécurités. Le système hormonal devient le médiateur de l’anarchie créant de multiples réactions allant de l’épuisement à la confusion, en passant par des perturbations ­métaboliques affectant tous les organes, notamment la glycémie, et le système nerveux. L’immunité est affaiblie et le vieillissement accéléré. Ce n’est là qu’un petit aperçu des conséquences du stress sur notre santé. Vous ressentez bien évidemment certains de ces effets qui s’expriment le plus souvent par une sensation de trop-plein dans la tête, un inconfort ou une douleur dans le corps et un immense vide dans le cœur. Que se cache-t-il derrière les masques de ce personnage qui semble parfois si exigeant, humiliant et terrorisant? Quels sont donc les messages qu’il souhaite nous livrer à travers ses mille et une expressions?

Ralentir et ressentir avant d’agir
Son premier message, contrairement aux apparences, n’est pas une invitation à accélérer, mais bien à ralentir. Ralentir pour ressentir ce qui active nos réactions et nos comportements. Ralentir pour nous souvenir des intentions profondes qui se cachent derrière ces besoins qui semblent si urgents. Ralentir pour être simplement présent et disponible pour accueillir, accepter et aimer notre être dans sa beauté et aussi ses imperfections et sa dualité.

Saviez-vous que le cerveau est bien plus cohérent et donc plus efficace et performant lorsque le repos, le silence et la lenteur précèdent l’action? Ancré dans son besoin premier, la respiration, le cerveau devient un médiateur opérant au service de la vie au sein de notre corps, apaisant la douleur et les tensions et activant les organes et la régénération. Il inspire et expire en insufflant la clarté pour nous permettre de ressentir la cohérence à travers les mouvements parfois brusques de la vie. L’oxygène navigue à travers les organes et les cellules, élimine les impuretés et réanime en douceur les étincelles de lumière nécessaires au rayonnement du corps et de l’esprit. La neurotransmission devient optimale et le stress se dissout en livrant son sens à travers l’expérience. Le calme, la joie et la gratitude émergent, nous rappelant d’accueillir et d’aimer ce qui est. Nous poursuivons alors notre voyage en étant à l’écoute de nos sens et de notre essence.

Le stress est bien sûr parfois présent, mais de moins en moins violent. Je sais maintenant qu’il m’invite à ralentir et à respirer pour ressentir le souffle de la vie qui m’habite aujourd’hui. Que ce soit dans les moments heureux ou douloureux, le silence est porteur d’un précieux message. Il m’indique, si je suis à son écoute, la voie à suivre pour agir et pour créer la toile de ma vie. Une toile à l’image de cette énergie qui m’anime au plus profond de mon être. Peu importe ses couleurs, cette toile est fidèle à mon essence et elle nourrit ma quête de sens.


Imane Lahlou, ND, MSc, PhD
Dre en sciences des aliments et naturopathe
Auteure de La voie de l’équilibre publié aux Éditions le Dauphin Blanc
Collaboratrice principale en santé globale au Monastère des Augustines
www.monastere.ca  •  www.imanelahlou.com