Nourrir nos sens et notre essence


Par Imane Lahlou | Paru dans Mieux-Être Édition Avril 2018

Pour la plupart d’entre nous, le verbe «nourrir» évoque une alimentation saine et colorée. S’il est vrai que le contenu de notre assiette détermine dans une large mesure notre capital santé, nous sommes de plus en plus conscients que les émotions, les pensées, les croyances, l’environnement et notre mode de vie sont également des paramètres importants à considérer lorsqu’il s’agit d’équilibre physiologique et de quiétude intérieure. Ils s’unissent à l’alimentation pour nourrir nos sens et notre essence.

De la survie à la vie
Imaginez un arbre radieux d’un vert lumineux. Il interpelle votre regard; vous ralentissez et vous observez sa forme et ses couleurs; son énergie vous enveloppe d’une présence réconfortante et énergisante. Cet arbre inspire l’enracinement, la force et le rayonnement. Un peu plus loin dans la forêt, vous croisez un arbre terne et éteint. Cet arbre est en vie, mais il n’est pas vivant. Il est en survie. De nombreuses personnes sont en vie, mais en réalité elles sont en survie. L’essentiel de leur énergie est consacré à surmonter la fatigue, les malaises physiques et les insécurités qui relèvent souvent des blessures du passé et de l’anticipation du futur. S’il est vrai que la compréhension de notre histoire est nécessaire à la connaissance de soi, il est aussi important de dévoiler notre essence pour découvrir et nourrir le sens de notre vie. Pour cela, il est essentiel d’être présent à notre ressenti et d’être à l’écoute des besoins du corps et de l’être. Lorsqu’on n’a pas faim et qu’on ouvre nonchalamment le paquet de chips ou de biscuits, on n’est pas réellement présent à ce qui nous habite profondément. On choisit d’ignorer une partie de notre être en mangeant. Avant d’ouvrir le paquet, on peut simplement ralentir et être à l’écoute des véritables raisons qui stimulent cette pulsion. Pourquoi? Pour sortir du pilote automatique et permettre aux émotions d’émerger. Dévoiler notre ressenti permet d’entrer en contact avec ce vide intérieur qui paraît parfois insatiable. Comment pourrait-il se remplir de chips ou de biscuits alors que ce vide aspire à l’amour, à la joie et à la reconnaissance de soi?

Du vide à la plénitude
C’est un pur délice pour le corps physique de se nourrir en savourant les aliments. Prendre le temps de déposer amoureusement le carré de chocolat dans notre bouche; le laisser fondre en étant présent et disponible pour accueillir la symphonie qu’il réveille au contact de nos papilles gustatives et de notre corps. Même s’il est grandiose et intense, le plaisir demeure une sensation éphémère. Il est certain que lorsque le carré de chocolat n’est plus dans la bouche, nous avons besoin d’un deuxième morceau. Lorsque nous ne sommes pas les artisans des valeurs qui tissent le sens de notre vie, nous répétons l’expérience en espérant ressentir encore plus de plaisir. Nous ressentons un malaise, mais nous poursuivons l’expérience en espérant apaiser la sensation de vide qui nous habite. Le plaisir implique le désir. Un désir inassouvi implique le manque. Le manque implique la frustration. La frustration implique le besoin. Lorsque vous mangez sans faim, vous êtes-vous déjà demandé si votre besoin réel était les chips ou le chocolat? Y a-t-il dans votre vie des besoins ou des désirs inassouvis? Nourrissez-vous vos rêves, vos passions et vos talents? Si au cours de votre journée, vous accomplissez des tâches sans ressentir de la satisfaction et de la joie, vous allez vous sentir vide et inutile. Par ailleurs, est-il possible que vous confondiez le plaisir et la joie? La joie est à mon sens une expression de l’amour présent au plus profond de chacun d’entre nous. La joie est un état d’effervescence qui nous enveloppe d’une énergie de plénitude et de paix. Le plaisir implique une stimulation extérieure alors que la joie émane de notre être intérieur. En espérant ressentir de la joie, nous cumulons parfois les plaisirs ou nous multiplions les expériences qui nous procurent de la reconnaissance et de l’approbation. Le plaisir, en carence comme en excès, crée des déséquilibres et nourrit cet état de manque. Que ce soit la nourriture ou toute autre expérience procurant du plaisir (alcool, cigarette, drogue, réseaux sociaux, etc.), elles ne font qu’inhiber momentanément les émotions, la douleur et la souffrance et nous éloignent encore plus de notre essence. Le vide semble encore plus grand et nous répétons les expériences qui nous tiennent prisonniers de la dépendance, de l’insécurité et de la culpabilité. L’alimentation nous amène à apprivoiser ce vide intérieur qui aspire à la joie, à l’amour et à la reconnaissance de soi. Dans ces moments où nous nous sentons impuissants et dépendants, le plaisir n’est plus présent. Ce que nous cherchons est au-delà de notre assiette. Ce que nous cherchons est en nous.

Nourrir le corps et notre quête de sens
La santé est un état physiologique et intérieur qui nous permet de créer une vie à l’image de ce que nous sommes et de ce que nous souhaitons profondément. Elle prend forme à travers un corps plein de vitalité et un état d’être qui tend vers le respect, l’harmonie, la liberté, la joie et la paix. Si la santé est un soleil, l’alimentation est un de ses rayons. Il est important de nous souvenir de cette image tout au long de notre parcours. Même si nous sommes convaincus que choisir des aliments sains est essentiel à notre équilibre, nous ressentons parfois des résistances, des tentations, des confusions ou des impulsions. C’est normal et humain. Chacune des étapes nous amène à découvrir ou à explorer une partie de nous-mêmes. Des émotions, des croyances et des pensées vont sûrement émerger. Prenez le temps nécessaire et apprenez à les écouter pour accueillir leur sens avant de vous en libérer. Lorsque vous choisissez des aliments qui nuisent à votre équilibre ou lorsque vous mangez sans avoir faim, vous vous étourdissez pour ne plus ressentir la douleur ou les émotions qui encombrent votre cœur et voilent votre bonheur. L’épuisement et les expériences du présent réveillent souvent une souffrance plus profonde. Vous tournez le dos à votre état intérieur. Vous niez votre nature profonde et vous n’êtes pas à l’écoute de votre essence. Vous vous fermez également à la plénitude, la joie et la paix qui accompagnent la liberté, la bienveillance et la reconnaissance de soi. En cherchant les réponses à l’extérieur de soi, nous vivons dans l’attente et nous créons des dépendances. Il est donc essentiel de prendre soin de notre espace intérieur autant que de notre assiette. Soyez patient et ayez de la compassion. Les chemins et les rythmes empruntés sont différents. L’essentiel est que vous soyez bien ancré dans votre propre voie pour évoluer en harmonie et en douceur en sachant que notre objectif premier est de vivre en cohérence avec nos sens et notre essence.


Imane Lahlou, ND, PhD
Dre en science des aliments et naturopathe
Auteure de La voie de l’équilibre
Collaboratrice principale en santé globale au Monastère des Augustines

www.monastere.cawww.imanelahlou.com