Arbres, source de vie


Par Natacha Imbeault | Paru dans Mieux-Être, Édition Avril 2019

Avec le printemps qui arrive, la sève qui circule plus activement dans les arbres et les bourgeons qui se montrent le bout du nez, j’ai le goût de vous faire découvrir deux arbres que j’affectionne particulièrement. Le premier est bien connu, car son sirop est depuis longtemps prisé en cuisine. Vous l’avez sûrement deviné, je parle ici de l’érable à sucre. Le deuxième est le bouleau blanc, pour lequel, depuis peu, on fait également la commercialisation de sirop. Mais saviez-vous que ces deux arbres peuvent être exploités de multitudes façons et qu’ils ont plusieurs vertus médicinales?

L’érable à sucre (Acer saccharum)

On peut utiliser l’érable pour ses propriétés anti-inflammatoires, laxatives, nutritives, reminéralisantes et toniques.

L’usage le plus courant est de faire une cure d’eau d’érable printanière. Celle-ci stimule l’appétit, redonne entrain et énergie, en plus d’être très nutritive. Elle nettoie aussi très efficacement les intestins. On commencera par prendre un petit verre par jour, en augmentant graduellement jusqu’à trois verres (pour ceux qui peuvent en prendre autant). On sait que l’on atteint le dosage maximum pour sa constitution quand son effet laxatif devient présent.

Fait intéressant, il est recommandé de mâchouiller les bourgeons d’érable en lune montante quand ils deviennent bien «dodus», gorgés de sève et de résine. Ceux-ci sont alors efficaces pour contrer la diarrhée et les douleurs causées par les coliques. On trouve donc dans la même plante, en fonction de la partie utilisée, deux usages opposés, soit un effet laxatif et la capacité d’arrêter la diarrhée.

L’eau, ou encore une décoction de jeunes rameaux bien hachés, est bénéfique pour les problèmes et douleurs articulaires.

En cuisine, il y a de multiples façons de profiter des bienfaits de l’érable. On connaît bien le sirop, mais l’eau peut aussi être utilisée, autrement qu’en étant bouillie. On prendra de l’eau d’érable pour remplacer d’autres liquides dans une infusion, un café ou une recette où le petit côté sucré est approprié.

Les graines de samares de l’érable sont aussi comestibles. Récoltées vertes au printemps, elles se conservent, bien marinées dans le vinaigre, de même que les bourgeons.

Certains printemps, la pelouse se transforme en un tapis de petites pousses d’érable; saviez-vous que vous pouviez les manger? On les décortique, une fois qu’elles ont germé, et on les intègre par exemple dans une salade.

À l’automne, les graines mûres peuvent être grillées. Les jeunes feuilles, encore tendres, seront farcies, ou encore hachées finement et incorporées dans une salade.

Une fois le printemps passé, les feuilles plus matures seront utilisées en infusion comme tonique nourricier et aussi dans les cas de diverses inflammations de la peau.

Le bouleau blanc (Betula papyfera)
Dans la culture autochtone, comme dans plusieurs pays du monde, le bouleau est au centre du quotidien en raison de ses multiples usages. Certains l’appellent l’«arbre de la sagesse»: sa blancheur montre le chemin. Les usages que l’on en fait sont multiples: canots, paniers, contenants, papier, cure-dents, sans compter ses nombreuses utilisations en alimentation et en médecine. On se sert de l’écorce, des racines, des rameaux, des feuilles, des bourgeons, de la sève ou de l’eau de bouleau et, bien sûr, de son bois. Tout sert dans cet arbre très ancien (environ 30 millions d’années) et si important pour de nombreux peuples.

Le bouleau est principalement connu pour son effet diurétique doux: il nettoie le corps et le sang en douceur. Il est également antiseptique, anti-inflammatoire, soulage les douleurs musculaires et articulaires. En plus d’être cicatrisant, astringent et sudorifique, il aidera aussi, à moyen terme, à dissoudre les dépôts et pierres. Il est fréquemment utilisé pour traiter les troubles du système urinaire. De plus, la sève est très nutritive et tonique.

Les fleurs sont utiles dans les cas d’ulcères ou de plaies qui guérissent mal, car elles sont cicatrisantes, antiseptiques et anti-inflammatoires.

Le charbon de bois de bouleau a beaucoup servi en cas d’empoisonnement, de ballonnements et d’indigestions, en fait pour des usages similaires au charbon activé que l’on trouve actuellement sur le marché.

Les feuilles et jeunes rameaux sont consommés en infusion, en interne, et en décoction pour les usages externes; ils sont très efficaces pour nettoyer le corps, réduire l’inflammation et la douleur. On utilise les feuilles pour les mêmes raisons dans des huttes de sudation ou dans les saunas. On les met alors sur les pierres chaudes qui permettent aux propriétés de se diffuser dans l’air. Feuilles et rameaux sont aussi efficaces pour traiter divers problèmes de peaux (acné, eczéma, teint terne), les cheveux fragiles et la perte de cheveux. Dans ces cas, on combinera une application locale externe et l’utilisation en interne d’une infusion, à raison d’une à deux tasses par jour.

L’eau de bouleau peut servir comme lotion tonique pour la peau: elle resserre les pores grâce à son astringence. On peut en faire une cure printanière de deux à trois semaines, à raison de trois à six tasses par jour, pour aider l’organisme à se nettoyer. Pour une cure encore plus efficace, on pourra, selon sa condition et ses besoins, faire une infusion avec l’eau de bouleau et d’autres plantes médicinales. Par exemple, de l’hysope officinale aura un effet tonique sur le système immunitaire, de l’ortie, un effet hyper reminéralisant, et du trèfle rouge et du pissenlit auront pour effets de reminéraliser et de nettoyer davantage, etc.

Transformations et utilisations
Les usages qui suivent s’appliquent autant à l’érable qu’au bouleau.

Pour une infusion, mettre 5 ml à 10 ml de fleurs ou de feuilles sèches, ou 10 ml à 15 ml de plantes fraîches, dans 250 ml d’eau chaude. Infuser 15 à 20 minutes, filtrer et boire.

Pour une décoction, mettre 1 g (15 ml) de bourgeons ou rameaux finement hachés séchés dans 250 ml d’eau. Mijoter doucement à feu très doux 15 à 20 minutes, idéalement dans un chaudron avec couvercle. Filtrer et boire.

L’eau sera récoltée au printemps, tous les jours, durant quelques semaines. On utilise des chalumeaux conçus spécifiquement pour cela. Vous trouverez sur internet des vidéos qui expliquent comment les poser adéquatement pour ne pas blesser les arbres inutilement. Au printemps, certaines quincailleries en vendent, sinon il y en a dans les coops agricoles. Si vous avez trop d’eau, il est possible de la chauffer et de la réduire pour en faire du sirop. Soyez patient, car, pour faire un litre de sirop, il faut en moyenne 40 litres d’eau d’érable et de 130 à 140 litres d’eau de bouleau. Donc, si vous n’entaillez qu’un seul arbre, vous préférerez peut-être, tout comme moi, congeler l’eau en portion pour vous en servir à d’autres moments de l’année.

L’utilité des arbres
Dans les pays nordiques, les arbres sont d’une grande importance pour la pharmacopée, car plusieurs peuvent être utilisés toute l’année, contrairement aux herbacées qui ne sont pas accessibles dans la nature durant la saison froide. Par exemple, je ne ferais pas de grandes réserves de rameaux, car j’y ai accès toute l’année. Ainsi, si j’en ai moins besoin une année, il n’y a pas de gaspillage de ressources.

Comme les arbres sont des plantes de plus grand volume, les quelques feuilles ou rameaux que nous cueillons pour nos besoins personnels ou familiaux affecteront peu leur croissance si la récolte a bien été effectuée.

En plus de présenter des vertus médicinales, on le sait, les arbres sont les poumons de la planète, des purificateurs d’air, en plus de rafraîchir. Il est si bon de s’asseoir dos à un arbre par une chaude journée d’été. Ainsi, avec la belle saison qui arrive, je vous invite dans les prochains mois à découvrir les bienfaits de quelques arbres qui poussent dans votre voisinage et à en faire vos alliés. Vous serez probablement surpris de leurs multiples usages.


Natacha Imbeault
Maître herboriste et Hta (Herboriste thérapeute accréditée)
Directrice de l’Herbothèque

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