Donnez-moi de l'oxygène


       

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Donnez-moi de l'oxygène

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Par Hélène Renaud et Michel-Jacques Bergeron

Donnez-moi de l'oxygène

Nous sommes le 24 décembre au matin. Je suis tellement essoufflée par cette course effrénée qu’on appelle le temps des fêtes que j’ai besoin d’un respirateur artificiel. Cette année, je n’ai rien oublié, la liste était longue et j’ai pensé à tout le monde: les collègues de bureau, mes amis, mon conjoint, mes enfants, mes parents et la belle-famille. Coïncidence, quand je fais le calcul des cadeaux que je vais offrir, j’en arrive au chiffre magique de 24.

Je me sens à la fois fébrile et tendue. J’ai une drôle d’impression, comme si quelque chose allait arriver. Je suis agitée comme les enfants à l’arrivée d’une première tempête de neige. Il parait que j’énerve tout le monde à la maison. Et par-dessus le marché, j’essuie les reproches de mon mari qui me dit: «Pourquoi en fais-tu autant!» alors que je me dis intérieurement «Si je ne le faisais pas qui le ferait?». Ce n’est sûrement pas lui. Il n’a jamais contribué à l’organisation d’une seule fête de famille. C’est moi qui ai toute la charge et comme toujours l’angoisse du repas de Noël à préparer me serre le cœur; je m’entête à poursuivre la tradition de cuire cette fameuse dinde. Je voudrais tellement satisfaire ma mère et qu’elle puisse encore se dire: «Ah que je suis heureuse, toute la famille est réunie». Et moi, pour entendre cette phrase chaque année, je tiens à peine sur mes deux jambes. Je sais que ma santé physique et mentale est hypothéquée pour les trois prochains mois, du moins jusqu’aux prochaines vacances dans le sud, où ma folie des préparatifs reprendra le dessus. 

Ah, je hais Noël. En fait, ce que je hais de Noël c’est qu’il me faut prétendre que je suis heureuse, que je fasse semblant que j’ai le contrôle. Je suis comme un canard qui avance dignement pendant que personne ne voit que je pédale comme une folle en dessous de l’eau. Il faut que je démontre à tous, avec un grand sourire, que tout va bien. Si seulement, ils savaient à quel point j’ai peur et me sens inquiète. Je m’en veux de ne pas avoir la force de tout balancer et de ne pas choisir mon bien-être. J’ai tellement peur de me sentir coupable et de ne plus correspondre à l’image que l’on se fait de moi. Bien sûr aux yeux des gens, Sarah est celle qui est bonne et forte, celle qui a toujours le cœur sur la main. S’ils voyaient à quel point je me trouve faible. En fait, c’est cela qui me vide. Je vois bien que mon orgueil me conduit par le bout du nez. Ah, cette sacrée peur de déplaire, de ne pas correspondre aux attentes! Et c’est la même chose à mon travail. J’angoisse à l’idée de ne pas être reconnue par mon patron. Cette année, c’est encore moi qui ai organisé le party de bureau. Ils disaient «Une chance que tu es là, Sarah! Tu es irremplaçable!» Pourtant le mois d’avant, le siège social a congédié deux de mes collègues irremplaçables. 

Tout tourne si vite dans ma tête, que j’en arrive même à me demander si mon mari n’est pas déçu de moi, malgré tous les efforts que je mets à essayer de lui plaire. Je vais jusqu’à me dire que je suis une mauvaise mère parce que je suis impatiente et parfois colérique envers mes enfants. Toute cette fatigue et toutes ces remises en question me plongent dans la confusion. Il m’arrive même de souhaiter qu’il se produise des catastrophes pour que je n’aie plus à me battre.

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