Ménopause et cholestérol

Belle et en santé après 50 ans

L’entrée en ménopause est associée à des symptômes bien visibles, comme les bouffées de chaleur, mais elle peut aussi affecter la qualité des transporteurs de cholestérol, ce qui conduit à une élévation du taux de cholestérol sanguin. Or, un excès de cholestérol sanguin est un phénomène silencieux, car il ne donne aucun symptôme. Tour d'horizon sur le phénomène et la prise en charge suivant un diagnostic. 

Chez les femmes, il est estimé que le pic de l’augmentation du taux de cholestérol total est atteint entre 48 et 56 ans. Or, les femmes commencent leur ménopause entre 45 et 55 ans, et la moyenne d’âge est de 52 ans. De l’avis de plusieurs experts, environ 25% des femmes ont été informées que l’entrée en ménopause peut augmenter de façon significative le taux de cholestérol sanguin chez 50% d’entre elles. Il est donc important de renseigner les femmes à propos de l’hypercholestérolémie et de leur donner des conseils dans le but de prioriser leur santé cardiaque. Rappelons que les maladies cardiaques causent la mort de sept fois plus de Canadiennes que le cancer du sein.

La ménopause et le cholestérol
La ménopause se définit par l’arrêt des menstruations pendant 12 mois consécutifs, ce qui provoque chez la majorité des femmes une augmentation du cholestérol total de l’ordre de 6 à 9%, une élévation des mauvais transporteurs de cholestérol (LDL) de 10 à 16% et une diminution des bons transporteurs de cholestérol (HDL). C’est pourquoi, dès l’apparition de la ménopause, les femmes doivent consulter leur médecin pour obtenir un contrôle de leur taux de cholestérol sanguin, avoir un suivi régulier, connaître leur risque cardiovasculaire et se questionner à propos de leur mode de vie. De plus, elles doivent savoir que l’administration des œstrogènes naturels ou synthétiques ne réduit pas les risques d’être atteintes d’une maladie du cœur ou d’un accident vasculaire cérébral. Le cholestérol est constitué de particules de gras. Il est fabriqué naturellement par l’organisme, en grande partie par le foie, qui en produit un gramme par jour. 

Le cholestérol se déplace dans le sang. Or, dans le sang, il y a de l’eau, et le cholestérol n’aime pas l’eau. Il a donc besoin de transporteurs pour voyager dans le sang. Ces transporteurs sont appelés lipoprotéines. On distingue les lipoprotéines de haute densité (HDL), appelées les bons transporteurs de cholestérol, et les lipoprotéines de basse densité (LDL), nommées les mauvais transporteurs de cholestérol. Les bons transporteurs amènent le cholestérol vers le foie où ils deviennent des substances utiles pour le corps en nettoyant les vaisseaux sanguins. Ils protègent aussi contre les inflammations durables. Par contre, les mauvais transporteurs ont tendance à s’accumuler petit à petit dans les vaisseaux, à participer au processus inflammatoire et à former des plaques  - l’athérosclérose - sur les parois des vaisseaux du cœur, rendant la circulation plus difficile. Un autre type de gras qui circule dans le sang sont les triglycérides, formés par la dégradation des sucres, de l’alcool, mais aussi de la nourriture 
donc produits à partir de ce que l’on ingère. Même si le cholestérol a un rôle important à jouer dans l’organisme, il demeure que des taux élevés de cholestérol dans le sang constituent un facteur de risque des maladies cardiovasculaires.

Comprendre le bilan lipidique
Le bilan lipidique évalue les différentes composantes de graisses présentes dans le sang, soit le cholestérol total, les bons transporteurs de cholestérol (HDL), les mauvais transporteurs de cholestérol (LDL), le cholestérol non HDL et les triglycérides. Il s’effectue à partir d’une simple prise de sang au pli du coude. La Société canadienne de cardiologie précise qu’il n’est pas besoin d’être à jeun dans le contexte du dépistage de la dyslipidémie. Le médecin interprète les résultats du bilan lipidique et détermine ensuite le risque cardiovasculaire sur une période de 10 ans en se basant sur le score de Framingham. Chez chaque femme ménopausée, cette échelle évalue plusieurs facteurs, comme l’âge, le taux de cholestérol total, le taux du bon cholestérol, le fait de fumer, d’être diabétique et la tension artérielle systolique (la pression lorsque le cœur se contracte).

D’autres facteurs, comme la présence d’une maladie cardiaque ou d’antécédents familiaux viennent aussi influencer l’interprétation des résultats. Présentons l’histoire de Linda, qui est âgée de 50 ans et entre en ménopause. Elle n’a pas d’antécédents de maladies cardiaques ni de diabète. Elle a passé son bilan lipidique. Son cholestérol total est un peu élevé (5,7 mmol/l, la valeur souhaitable se situant entre 4,2 et 5,2 mmol/l), son HDL est très bon (1,4 mmol/l), son LDL est un peu élevé (3,8 mmol/l, la valeur souhaitable étant 3,5 mmol/l ou moins), et son cholestérol non LDL et ses triglycérides se situent dans les valeurs normales.

Le Dr Roy évalue son risque cardiovasculaire sur 10 ans en se référant au score de Framingham. Linda a obtenu 7 points parce qu’elle se situe dans la tranche d’âge entre 50 et 54 ans, son cholestérol total est élevé, le Dr Roy lui attribue 3 points, mais elle gagne 1 point, car elle possède de bons transporteurs de cholestérol (HDL), sa pression systolique non traitée est normale, à 122, et elle obtient 0 point. Linda ne fume pas et n’est pas atteinte de diabète; le Dr Roy lui alloue 0 point. En somme, Linda a cumulé 9 points (7 + 3 – 1 = 9). Le médecin l’informe que son risque de développer une maladie cardiovasculaire sur 10 ans est faible, soit 5,3%. Il lui recommande une alimentation saine, la pratique de l’activité physique, une gestion efficace du stress et un poids santé. Il lui suggère de refaire un bilan lipidique dans un an pour évaluer son risque cardiovasculaire.

La prise en charge du cholestérol sanguin à la ménopause
Expliquons maintenant les mesures efficaces de prise en charge du cholestérol sanguin.

  • Connaître son bilan lipidique. Inscrire les résultats dans un tableau pour observer les changements.
  • Être informée de son risque cardiovasculaire sur une période de 10 ans.
  • Se questionner à propos de son alimentation, de sa pratique de l’activité physique, de son poids santé et de sa gestion du stress. Voir les changements que l’on peut apporter pour prioriser davantage sa santé cardiaque.
  • Croire en sa capacité de vouloir changer son mode de vie en y mettant les efforts. S’imaginer un résultat positif.
  • Ne pas effectuer des changements radicaux, mais choisir de débuter en douceur. Se fixer des objectifs spécifiques et réalistes. Indiquer le progrès dans une fiche d’autoévaluation. Se récompenser. Rester positive. Accepter de vivre une rechute occasionnelle et en tirer profit.
  • Choisir un régime alimentaire sain qui réponde à ses valeurs et à ses attentes pour mieux y adhérer et faire de l’alimentation un plaisir. Adopter, par exemple, soit le régime méditerranéen, soit le régime Portfolio, soit le régime DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension).
  • Dans le cas du régime méditerranéen, il est conseillé d’utiliser l’huile d’olive chaque jour comme bon gras, de consommer fruits et légumes, des produits céréaliers (surtout à grains entiers), des légumineuses, des produits laitiers faibles en gras et des noix. Ajouter du poisson, de la volaille et des œufs quelques fois par semaine. Favoriser le vin rouge de temps à autre. Limiter la consommation de viande rouge et des sucreries à quelques fois par mois.

DR RÉJEAN SAVOIE, F.R.C.S.C.
GEMMA AUCOIN-GALLANT, Ph.D.

Nous remercions le Dr Michel D’Astous, cardiologue de renom au CHUM Dr-Georges-L. Dumont, Moncton,
NB, qui a mis à profit ses connaissances rigoureuses et son expertise à titre de réviseur de notre article.

Par ­Dr ­Réjean ­Savoie, F.R.C.S.C et ­Gemma ­Aucoin-Gallant, ­Ph.D.

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