HUBERT CORMIER: Bien manger, sans culpabilité

Entrevue

Alors que le monde de la nutrition a longtemps été perçu comme un domaine exclusivement réservé aux femmes, voilà que le vent tourne. De plus en plus de visages masculins se taillent une place de choix dans ce vaste univers. Hubert Cormier fait partie de ces jeunes et dynamiques nutritionnistes qui se démarquent sur bien des plans. Celui qui a réussi à faire rimer alimentation équilibrée avec plaisir de manger est une véritable star dans son domaine. Portrait d’une étoile montante.

C’est d’abord son amour pour la cuisine qui a nourri cette passion pour la nutrition que cultive Hubert. « Tout petit, j’adorais cuisiner avec ma grand-mère paternelle, particulièrement les desserts. Son plus gros hit était le lutin au chocolat, un gâteau en forme de galette. Son pouding chômeur était aussi spectaculaire. Que voulez-vous, j’ai toujours eu la dent sucrée ! Comme j’étais plutôt du genre solitaire, cuisiner est devenu, pour moi, une sorte d’exutoire. »

Premier de classe, il avait plusieurs facilités, particulièrement en français. Au cégep, il s’inscrivit en sciences pures afin d’augmenter ses chances d’être admis à l’université en médecine ou en pharmacie. « Plus j’avançais dans mes études, plus j’avais le sentiment que je deviendrais pharmacien. Ce qui me parlait le plus dans ce métier, c’était le côté entrepreneurial. Très tôt, je me suis impliqué dans la coop étudiante de mon école secondaire, je faisais la comptabilité, je parlais aux fournisseurs, j’adorais ça. »

Hubert Cormier

©Photo: Andréanne Gauthier - Magazine Mieux Etre

« Après avoir mis tous les efforts nécessaires afin d’être accepté en pharmacie, je me suis rendu compte que mon rêve allait en prendre tout un coup. Le programme avait reçu, cette année-là, plus de 2000 inscriptions, et ma candidature a été refusée. Selon eux, je n’avais pas les aptitudes nécessaires pour arriver à être un bon pharmacien. Mon Dieu, je me souviens encore de la peine que j’ai ressentie en apprenant la nouvelle, c’était plus douloureux qu’une peine d’amour ! Étant déterminé, je m’y suis repris à quatre reprises. Qu’allais-je pouvoir faire si mon premier plan ne fonctionnait pas ? »

Comme pour plusieurs étudiants qui rêvent de faire carrière dans le domaine de la santé, mais qui ne parviennent pas à leurs fins, la nutrition devint le plan B. Hubert décida donc de commencer son bac dans ce domaine tout en gardant en tête le désir de retenter sa chance en pharmacie. Il aura le temps de terminer ses quatre années en nutrition avant de recevoir son dernier refus. « Le verdict était clair : ma voie serait ailleurs. Au même moment, je venais de terminer un stage de 15 semaines en hôpital et, honnêtement, je savais que cet univers n’était pas fait pour moi. Avant d’entrer officiellement sur le marché du travail, on m’a offert de faire un stage optionnel en communication avec nulle autre qu’Isabelle Huot. On peut dire que cette proposition est venue changer le cours des choses. »

Son passage dans l’univers entrepreneurial d’Isabelle Huot lui a fait découvrir les infinies possibilités qu’offrait le monde de la nutrition. « Je ne voyais pas à quel point j’étais tout près de réaliser mon rêve. Il fallait d’abord que je trouve comment faire pour arrimer l’univers de la nutrition avec celui de la communication et, ainsi, en faire un métier. » C’était en 2010, au moment de l’émergence des réseaux sociaux. « À l’époque, les pages professionnelles sur Facebook n’existaient pas. Je me suis donc tourné vers Twitter pour commencer à me promouvoir. Cette plateforme m’a permis d’obtenir mon premier contrat d’édition. En 2014, lorsque j’ai publié mon livre, À bas les kilos !, j’ai senti l’impact que pouvaient avoir les réseaux sociaux sur ma démarche entrepreneuriale. »

Six ans plus tard et sept livres en poche, Hubert ne cesse de se renouveler. « Pour réussir à se démarquer, il faut être au fait des nouvelles tendances. Pour ma part, comme j’ai toujours eu à cœur de contrer le gaspillage alimentaire, j’ai rapidement adhéré au mouvement zéro déchet. C’est ainsi qu’est née ma propre collection de sacs réutilisables. Le monde de la nutrition est rempli de surprises, et c’est ce que j’aime : il n’y a pas une journée pareille. »

Celui qui est aujourd’hui docteur en nutrition est fier du chemin parcouru. « Rien ne me prédestinait à l’obtention d’un tel titre. Pendant mon bac, j’ai eu la chance de croiser une chercheuse exceptionnelle, Marie-Claude Vohl, dont la spécialité est la nutrigénétique. Pour simplifier, ça démontre comment nos gènes influencent notre façon de manger et comment cette dernière influence l’expression de nos gènes. Le sujet était très chaud, d’actualité, mais aussi très complexe, et, honnêtement, je n’y comprenais rien. Marie-Claude a réussi l’impossible, c’est-à-dire me convaincre d’en faire mon sujet de maîtrise. Ce sont sept années de ma vie que j’ai consacré à relever ce défi. Ça m’a permis de présenter les résultats de mes recherches partout à travers le monde, que ce soit en Afrique du Sud, en Écosse ou en Californie. »

Le monde de la nutrition évolue à une vitesse folle, et, selon notre docteur en nutrition, il est de plus en plus complexe de s’y retrouver. « Internet, Facebook, Twitter et Instagram nous ont ouverts sur le monde. C’est une très bonne chose, car, grâce à ces différentes cultures, la face de la nutrition a changé. Par contre, ç’a entraîné une augmentation flagrante de pseudo-experts, qui ne se gênent pas pour jouer avec la santé des gens. C’est difficile d’obtenir une information juste et vérifiable. C’est la même chose pour les produits offerts sur le marché : il y en a beaucoup trop, et c’est le consommateur qui en paie le prix. »

Et les nouvelles tendances, il faut s’en méfier ou s’en réjouir ? « Un peu des deux. Par exemple, quand je pense à la diète cétogène, qui est très populaire en ce moment, il est fort probable qu’elle perde du terrain, tout comme ç’a été le cas pour le régime sans gluten. Les tendances, c’est comme des cycles, ça finit par passer. Il faut surtout apprendre de ses erreurs. Des diètes miracles, ça n’existe pas. »

Les conseils que prodigue Hubert depuis ses débuts s’adressent à un large public. Bien loin de ressembler au cas par cas et à de l’accompagnement personnalisé, c’est le volet le plus délicat de son métier. « Une recommandation générale ne doit pas être reçue de la même manière que celle qu’on a la chance de personnaliser. Chaque être humain est unique ; ce qui est bon pour l’un ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Quand je pense à la refonte du Guide alimentaire canadien, je suis loin d’être d’accord avec tous ces changements qui, encore une fois, ne sont pas adaptés à tous. J’ai vraiment hâte de voir où tout ça nous mènera dans dix ans, car, sans cadre et sans référence, où ira le monde de l’alimentation ? »

Parlant de projection, que faudra-t-il surveiller dans les prochaines années ? « Pour moi, il est évident qu’il y aura de plus en plus de place pour tout ce qui est végétal. Ce mouvement est infiniment puissant. Actuellement, on compte au Canada 10 % de végétariens et 3 % de véganes, mais ces chiffres ne cessent d’augmenter. Je pense aussi que l’agriculture locale prendra énormément de place, de même que les jardins intérieurs qui permettent une consommation de légumes et d’herbes fraîches durant quatre saisons. »

La grande force d’Hubert Cormier est certainement sa capacité à nous éduquer sans jamais nous culpabiliser. « Quand j’ai publié mon livre Oui, tout est permis, je voulais justement utiliser une approche non culpabilisante. Se créer des restrictions est synonyme de problématiques. Le corps humain n’est pas fait pour vivre de privations. De toute façon, vous avez sûrement déjà remarqué que ces dernières finissent toujours par se transformer en pensées obsessionnelles. Il n’y a rien de sain dans une telle démarche. Tout ce qu’on devrait bannir de notre alimentation, c’est la culpabilité. »

VALÉRIE GUIBBAUD
Journaliste, animatrice et auteure • Facebook : Valerieguibbaudradiotele

Par Valérie Guibbaud

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