Accepter ce qui est

Relation d'aide

Quand nous nous sentons submergés par les drames ambiants ou nos difficultés personnelles, il convient d’accepter ce qui est. Cela ne signifie pas pour autant que nous sommes d’accord avec ce qui se passe, mais plutôt que nous choisissons la paix intérieure devant les choses que nous ne pouvons contrôler…

« Jamais je n’accepterai ça. » Voilà une parole que j’ai déjà prononcée et que j’ai souvent entendue. Accepter la violence, la guerre ? Jamais. Accepter la perte de la capacité de marcher après un accident ? Jamais. Accepter qu’on sacrifie la santé des gens à des fins économiques et qu’on tolère la pollution, le pouvoir financier des compagnies pharmaceutiques et agroalimentaires ? Jamais. Accepter que, au nom d’idéologies politiques ou religieuses, on torture et on assassine des milliers de personnes partout dans le monde ? Jamais. Accepter que des êtres humains soient traités comme des objets et utilisés comme esclaves parce qu’ils sont différents ou sans défense ? Jamais. Accepter la maladie et les tragédies mortelles ? Jamais.

Si l’idée d’accepter ces horreurs nous rebute au plus haut point, il n’est souvent pas tellement plus facile d’accepter pleinement toutes les contrariétés du quotidien. La tendance naturelle de la plupart d’entre nous est plutôt de les critiquer, de les juger ou de s’en plaindre. Nous nous plaignons de la pluie, de la canicule, du froid. Nous critiquons le gouvernement qui vient de voter une loi que nous jugeons insensée. Nous déblatérons aussi contre la voisine qui sort régulièrement dans les bars avec des personnes qui nous semblent peu recommandables. Nous jugeons notre ami qui est passionné du soccer et qui met son sport au centre de toutes ses conversations. Nous critiquons l’habillement des ados, l’allure des étrangers et les croyances de ceux qui ne pensent pas comme nous. Il ne nous vient pas spontanément d’accepter ce qui nous dérange y compris ce qui nous dérange de nous-mêmes.

Pourquoi est-ce si difficile d’accepter la réalité ? En fait, si nous ne l’acceptons pas telle qu’elle est, c’est notamment parce que, dans la croyance populaire, les mots acceptation et changement ne sont pas complémentaires ; ils sont opposés. Nous pensons qu’il faut résister, se battre voire se révolter pour changer le monde et que l’acceptation de ce qui est n’est qu’une forme de résignation, de passivité, d’indifférence ou de lâcheté. C’est pourquoi, devant les événements inattendus de la vie, nous adoptons généralement les attitudes du combattant ou de la victime. Il est, en effet, plutôt difficile d’accepter d’emblée les contrariétés plus ou moins dramatiques qui se présentent dans notre existence. Ces imprévus nous déstabilisent trop pour que nous les accueillions spontanément.

Les étapes qui mènent à l’acceptation de ce qui est
L’acceptation de ce qui est se trouve facilitée par le franchissement des étapes suivantes : 

1- Accepter de ne pas accepter, si c’est le cas ;
2- Prendre conscience et accepter les réactions défensives normales de résistance, de révolte ou de victimite qui se présentent en nous ;
3- Écouter et accepter les émotions de peine, de colère, de rancœur ainsi que les sentiments d’insécurité et d’impuissance qui se cachent derrière ces réactions et qui les suscitent ;
4- Identifier, accepter et exprimer les besoins refoulés.

Ce qui rend la traversée de ces étapes possible, c’est le fait d’en être conscient ici et maintenant. Cette prise de conscience nous empêche de verser dans la victimite et favorise le passage à l’étape suivante. 

Il est souvent indispensable de passer par l’une ou l’autre de ces trois étapes ou même par les trois et de nous donner le temps dont nous avons besoin pour les traverser avant d’accéder à l’accueil créatif de la présence de l’événement affligeant et des bouleversements plus ou moins considérables qu’il provoque dans le cours de notre existence. La volonté d’atteindre l’objectif final le plus rapidement possible n’est ici d’aucune utilité. Au contraire, elle nous entraîne vers le futur et nous fait fuir le présent. 

Cela rend impossible l’acceptation, laquelle demeure toujours inaccessible en dehors du moment présent. Il importe donc de vivre le processus à notre rythme et SURTOUT de rester conscients de notre vécu, de nos fonctionnements ; de les accueillir à mesure qu’ils s’imposent sur la route de nos quotidiens pour bénéficier des cadeaux qu’offre l’acceptation.

Les cadeaux de l’acceptation
Les acceptations successives de ce qui est tout au long de notre chemin favorisent l’ouverture au lâcher-prise et le recours à nos forces spirituelles. Ce sont elles également qui nous permettent aussi d’écouter nos ressentis et d’entendre les messages de notre intuition. C’est ainsi que, au lieu de réagir, poussés par un vécu désagréable non conscientisé, nous accomplirons une action juste, une action créatrice de paix, de sérénité et d’amour parce qu’elle ne sera pas défensive. Nous arriverons alors à adopter l’attitude de mère Teresa devant l’injustice, le pouvoir, la violence et la guerre, et nous pourrons dire comme elle : « Si vous me demandez de participer à un mouvement CONTRE la guerre, je ne le ferai pas, mais si vous me proposez une action POUR la paix, je vous appuierai. »

La paix intérieure est précisément le don le plus précieux que nous offre l’acceptation de tout ce qui est. Sans cette acceptation, nous ne connaîtrons jamais la sérénité du cœur parce que nous continuerons à réagir inconsciemment à la guerre par la guerre, au pouvoir par le pouvoir, au jugement par le jugement, à la critique par la critique, à la discrimination par la discrimination, au rejet par le rejet, à la violence par la violence. Nous ferons ainsi, sans nous en rendre compte, ce que nous dénonçons avec tant d’ardeur. Ce faisant, nous n’apporterons aucun changement profond et durable dans notre vie, dans celle de notre entourage et dans le monde, et ce, malgré notre bonne volonté et nos bonnes intentions. Aussi, pour nous ouvrir à la pratique de l’acceptation de ce qui est, il est fondamental que nous changions notre perception de ce qu’est la véritable acceptation.

Accepter ne veut pas dire « approuver »
Pour nous aider à accueillir les drames qui nous frappent et affligent l’humanité entière, nous devons savoir que le mot accepter ne veut pas dire approuver. Il signifie choisir la paix intérieure. La preuve en est que la véritable acceptation se manifeste toujours par un sentiment profond de quiétude. Nous pouvons donc, par exemple, désapprouver totalement la violence et, en même temps, accepter qu’elle soit présente ici et maintenant en nous ou autour de nous. En effet, si nous omettons de développer notre capacité d’acceptation envers elle et envers tout ce qui est, nous ne pourrons jamais accueillir notre propre violence et nous perdrons nos énergies dans un combat défensif qui prolongera nos souffrances et, par conséquent, fera souffrir les autres. Croyez-moi, le seul remède que je connaisse pour guérir le monde des horreurs de la guerre c’est de cultiver en nous la paix, de la rayonner et de la communiquer. Et l’unique moyen que nous possédons pour trouver cet état de tranquillité qui soulage tous les maux du monde, c’est de les accepter.

 

COLETTE PORTELANCE
TRA, Thérapeute en relation d’aide par l’ANDC
Fondatrice du Centre de relation d’aide de Montréal (CRAM)
www.cramformation.com • Facebook : CRAM.EIF

Extrait de
L’acceptation et le lâcher-prise,
PORTELANCE, Colette, Éditions du CRAM, 2014, pp.29-39.

par Colette Portelance

À lire aussi